Lafiche du prof pdf 363.66 Ko La transcription pdf 273.18 Ko Vous allez Ă©couter un texte lu et Ă©crit par Roland Barthes : « J’aime, je n’aime pas Pourquoij'aime barthes par Alain Robbe-Grillet aux Ă©ditions Christian bourgois. L'amitiĂ© littĂ©raire entre Alain Robbe-Grillet et Roland Barthes a durĂ© vingt-cinq ans. Tout tĂ©moigne de leur profonde et mutuelle estime intellectuelle : leur c LamitiĂ© littĂ©raire entre Alain Robbe-Grillet et Roland Barthes a durĂ© vingt-cinq ans. Tout tĂ©moigne de leur profonde et mutuelle estime intellectuelle : leur correspondance privĂ©e, leurs textes publiĂ©s comme les propos qu'ils ont tenus, notamment dans le fameux dialogue qui donne son titre Ă  cet ouvrage. Si Robbe-Grillet disait volontiers n'avoir eu que trĂšs Quest-ce que vous voulez que je vous dise sur Roland Barthes ? 171 MP : Tout ce que vous pouvez. Il n’aime pas dĂ©velopper, il aime la piĂšce brĂšve. J’ai Ă©tĂ© trĂšs influencĂ©, dans mon enseignement, par S/Z, je crois beaucoup Ă  tout ce qu’il dit sur le texte comme tissage, comme tissu, comme tresse, et Ă  ce qu’il Ă©crit sur la nĂ©cessitĂ© de dĂ©monter le Jaime, je n'aime pas : cela n'a aucune importance pour personne ; cela apparemment n'a pas de sens. et pourtant, tout cela veut dire : mon corps n'est pas le mĂȘme que le vĂŽtre. - Roland BARTHES Pour l'Ă©crivain, la littĂ©rature est cette parole qui dit jusqu'Ă  la mort : je ne commencerai pas Ă  vivre avant de savoir quel est le sens de la vie. ZHmsOfj. La langue grecque ancienne avait une manne de mots pour dĂ©signer les variations de l’amour. Si vous vouliez jaser sur la passion et l’attirance physique, il suffisait de fouiller dans le rĂ©servoir des vocables de l’époque et de sortir Éros. Les sentiments d’amitiĂ©, quant Ă  eux, Ă©taient synonyme de Philia tandis que AgapĂ© dĂ©signait l’amour dĂ©sintĂ©ressĂ©, le vrai, l’inconditionnel ! Ainsi, on dĂ©nombre plus de huit noms grecs pour Ă©voquer l’amour dans toute sa diversitĂ©. Deux millĂ©naires et des poussiĂšres plus tard, le champ lexical amoureux s’est Ă©tonnement transformĂ© en une foultitude de nĂ©ologismes polyamour, sapiosexuel, liker, matcher, sexting, etc. Ces nouveaux mots dĂ©jĂ  dĂ©modĂ©s ? en disent long sur notre maniĂšre de voir l’amour au XXIĂšme siĂšcle. Nous sommes libĂ©rĂ©s et emprisonnĂ©s Ă  la fois. L’union libre a la cote mais les personnes ne sont jamais senties aussi seules. Nous arborons nos prĂ©fĂ©rences tels des Ă©tendards avec l’intention d’ĂȘtre, chacun, pleinement soi mais ces fanions sont aussitĂŽt rĂ©cupĂ©rĂ©s Ă  des fins mercantiles qui, bien souvent, nous Ă©chappent. Tel est le paradoxe de notre Ă©poque. En 1977, paraissait Fragments d’un discours amoureux 1 de Roland Barthes. Un essai singulier sur les ressentis de l’ĂȘtre amoureux. Sans doute, ce livre, a-t-il encore des choses Ă  nous apprendre au sujet de l’amour ? Analyse. Une composition originale Tout livre repose d’abord sur une structure plus ou moins dĂ©finie et celui-ci ne dĂ©roge pas Ă  la rĂšgle puisqu’il en a une tout Ă  fait particuliĂšre. Tel un abĂ©cĂ©daire, Roland Barthes a choisi de s’épancher sur le langage amoureux au travers de mots-clĂ©s qu’il appelle des figures. Chacune d’entre elles a son propre chapitre, lui-mĂȘme agencĂ© d’une maniĂšre originale puisque l’auteur dĂ©finit une figure avant de partir dans des rĂ©flexions tous azimuts qui prennent pour point de dĂ©part une Ɠuvre littĂ©raire, une philosophie, un poĂšme, une sociologie ou simplement une conversation intime de l’entourage de l’auteur. Cela peut paraĂźtre foutraque Ă  premiĂšre vue mais Roland Barthes cite ses sources de rĂ©flexion directement dans la marge ! Ainsi, le lecteur suit les pĂ©rĂ©grinations de l’auteur tout en sachant directement Ă  quoi elles se rapportent Il faut, certes, avoir un minimum de connaissances pour que chaque rĂ©flexion fasse sens puisque Barthes n’hĂ©site pas Ă  aller voir du cĂŽtĂ© de Goethe, Baudelaire, la philosophie Zen, Freud, Lacan ou encore Buñuel afin d’expliciter son propos. Fragments d’un discours amoureux est une Ɠuvre dense, et c’est sans doute l’originalitĂ© de sa structure qui la rend plus digeste. Toute personne ayant dĂ©jĂ  Ă©tĂ© amoureuse sait que les effets de ce sentiment sont tel un feu d’artifice pour l’esprit et le corps. Être amoureux, c’est expĂ©rimenter des chamboulements intĂ©rieurs ; Ă  partir d’un presque rien, vous voilĂ  lancĂ© Ă  toute vitesse sur les montagnes russes des Ă©motions. Et c’est Ă  ce moment prĂ©cis que Roland Barthes approche sa loupe et passe en revue la maniĂšre dont la personne amoureuse est Ă©branlĂ©e. Nous avons beau nous sentir plus Ă©voluĂ©s que nos prĂ©dĂ©cesseurs et scander que l’amour a changĂ© de forme, la mĂ©canique amoureuse, elle, reste identique. Rencontre, magie, dĂ©rĂ©alitĂ©, ravissement, ou encore jalousie sont autant de fragments que l’auteur passe au filtre d’une analyse qui fait mouche “ En pleurant, je veux impressionner quelqu’un, faire pression sur lui “ Vois ce que tu fais de moi “. Ce peut ĂȘtre — et c’est communĂ©ment — l’autre que l’on contraint ainsi Ă  assumer ouvertement sa commisĂ©ration ou son insensibilitĂ© ; mais ce peut ĂȘtre aussi Ă  moi-mĂȘme je me fais pleurer, pour me prouver que ma douleur n’est pas une illusion les larmes sont des signes, et non des expressions. Par mes larmes, je raconte une histoire, je produis un mythe de la douleur, et dĂšs lors je m’en accommode je puis vivre avec elle, parce que, en pleurant, je me donne un interlocuteur emphatique qui recueille le plus “vrai” des messages, celui de mon corps, non celui de ma langue “ Les paroles, que sont-elles ? Une larme en dira plus. “ 2 Si Fragments d’un discours amoureux devait ĂȘtre classĂ© dans une catĂ©gorie de livres, il serait assurĂ©ment sur l’étagĂšre des essais psychologiques puisque Barthes fait souvent appel Ă  cette discipline pour expliquer les diffĂ©rents phĂ©nomĂšnes qui bouleversent la personne amoureuse. Conclusion Cet ouvrage, loin d’ĂȘtre pĂ©rimĂ©, continue d’apporter un Ă©clairage sur le fait amoureux. Il se lit tel un abĂ©cĂ©daire dans lequel on irait piocher ce qui nous intĂ©resse au grĂ© de nos envies. AprĂšs l’avoir lu une premiĂšre fois, il y a plus de dix ans, je suis toujours aussi surpris de l’acuitĂ© avec laquelle Roland Barthes dĂ©crypte l’ĂȘtre amoureux. Un classique qui se dĂ©guste mieux au fur et Ă  mesure que les annĂ©es passent. 😉 Et puisque ce livre est parfait Ă  l’oral, je vous propose d’écouter un extrait dĂ©clamĂ© par l’excellente Charlotte-Florence de JessĂ© qui a acceptĂ© de jouer le jeu pour Les Petites Analyses. Vous pouvez la retrouver sur son compte Instagram oĂč elle rĂ©cite, avec brio, des passages de la BruyĂšre ! 1 BARTHES R., Fragments d’un discours amoureux, Éditions du Seuil, 1977. 2 Ibid., P215

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